Cavalière 3.0

C’est marrant, on a tendance à se foutre un peu de ma gueule quand je dis que je monte à cheval. C’est vrai, c’est un peu étonnant, pour une fille qui passe sa journée à jouer à des jeux vidéo et à poster des articles sur différents supports numériques. Et pourtant. Pourtant cette passion pourrait bien me sauver la mise.

Le ponay, sport de filles par excellence. C’est vrai que j’ai plus la dégaine d’un cow boy plutôt que d’une délicate amazone. Mais bon, des goûts et des couleurs, comme on dit. Et puis on fait avec ce que la nature nous file. Dans mon cas, c’est plutôt la carrure d’une rugbywoman qu’autre chose. Mais chacun y trouve son utilité. Je l’avais trouvée dans la mêlée, en horse-ball, vous savez, ce sport équestre étrange, mix improbable entre du basket, du foot et du rugby, mais à cheval. Foncer dans le tas, se battre pour conserver le ballon, se manger des mandales mais ne jamais lâcher. Quoi qu’il advienne. Monter à l’arrachage, profiter du contact. Mais en dehors de cela, pourquoi aimer l’équitation ? Pas pour poser son cul sur une selle, puis se barrer presque aussi vite qu’on est arrivé. Un cheval, comme tout autre animal, n’en déplaise à la cour, est doué de sensibilité. Et quelle sensibilité. Pourquoi préférer la compagnie d’un cheval à celle d’un homme (ou d’une femme, là-dessus, je ne suis pas très regardante, comme on le sait) ? Parce qu’un cheval ne ment pas. Et que pour apprivoiser une monture, il faut être en paix avec soi-même. Pas de faux semblant. Pas de mensonge. La construction d’une relation avec un cheval doit beaucoup à l’introspection et à sa propre vision de ses interactions avec autrui. C’est métaphysique ? Peut-être, mais c’est ainsi. Ce n’est pas un moyen en 2015. Pas une force de traction, pas un véhicule de guerre. C’est un miroir. Un miroir qui peut être indulgent face aux maladresses, ou qui peut au contraire ne rien pardonner à la moindre erreur. Un seul doute et c’est le refus devant l’obstacle. L’équitation est en ce sens, l’une des thérapies les plus géniales que j’ai pu suivre – bon c’est vrai, je n’en ai suivi que deux autres, mais quand même. Face à ton cheval, t’es à poil, que tu sois la Reine d’Angleterre comme le premier pékin venu.

Et puis cette sensation. Cette force. Sentir la tension qui monte. L’excitation quand la cloche sonne et qu’on galope sur le terrain. Cette liberté, cet exorcisme de toutes les merdes qui peuvent t’arriver au cours d’une semaine. Certes, la parenthèse est courte. Mais elle est là, et c’est un luxe aujourd’hui d’avoir un si bel échappatoire. Tu sais, dans un match, il n’y a que deux périodes de dix minutes chacune. Ca paraît court ? Sur le terrain, c’est une éternité. C’est vivre en deux fois six-cents secondes un mélange confus entre angoisse, espoir, détresse et détermination. Et comme dans une relation amoureuse où t’as les papillons au bide, tu as l’impression de vivre. Pour toi. Pour ton cheval. Et les coéquipiers, faut pas déconner. Tu sais, parfois, quand ton cheval a une foulée de ouf, au galop, t’as l’impression d’être invincible. Et porteur d’un héritage séculaire de l’école française, définitivement enracinée dans la fonction militaire, mais aussi orientée sur l’excellence.

J’ai vécu des choses extraordinaires à cheval. Avec ceux qui sont désormais partis, mais qui resteront à jamais dans ton coeur. Cette ombre-là, amour alezan impétueux, partie trop tôt, dont l’évocation me fait encore pleurer aujourd’hui. Ce moment de dingue, cet ultime tour d’honneur au galop alors que tu sais que tu as remporté l’or dans un championnat de France. Avec ceux qui sont là, mon beau Tintin (oui c’est un peu awkward, j’ai l’impression d’avoir le lieutenant Fromentin entre les cuisses, mais passons), cette force extraordinaire. Tous les autres. Que j’ai aimé sans concession, parce qu’un cheval ne te trahira jamais (contrairement à beeeeaucoooup de personnes dans ce bas monde). J’ai tant appris sur moi et j’ai tant gagné en sérénité que vous pourrez baver tout ce que vous voudrez sur les cavaliers, vous ne m’atteindrez pas. Et c’est vrai, parfois, j’aimerais tout plaquer, dire fuck au digital, pour aller élever des chevaux au Canada et devenir chuchoteuse, parce que ce bruit ambiant, cette frénésie numérique, et cette folie menaçante, finiront par me tuer. Je voudrais du silence, de la rigueur, et du respect. Chacun sa drogue.

ET PAR SAINT GEORGES, VIVE LA CAVALERIE !

Crédit image : Alain Laurioux / ENE-IFCE

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