« Entendez-vous, soldats, le galop des hussards… »

Les derniers grognards s’en vont, ombres colorées parmi les badauds dont la vie reprend doucement son cours. A peine bouleversée par le retour de la Grande Armée à Rueil-Malmaison – à part par le doublement de la population au mètre carré et les difficultés de circulation. Parenthèse historique grandiose dans la ville empreinte de l’héritage napoléonien. 

Et au parc de Bois-Préau, l’ébullition dans le bivouac impérial. Cinq cents soldats venus des quatre coins de l’Europe se souviennent. Les maréchaux et les lanciers polonais saluent les musiciens écossais – sublimes Pipes and Drums dont l’interprétation de Scotland the Brave et d’Amazing Grace m’ont arraché des larmes -, rejoints par les autrichiens dans leur uniforme d’un blanc immaculé. S’il était encore en vie, je doute que l’Empereur serait ravi de voir que même des anglais revêtent l’uniforme français. Ou peut-être que si. Peut-être qu’au fond, c’est l’une des plus belles réussites de l’Empire que de voir autant de monde lui rendre hommage, des allemands, aux russes en passant par les polonais dont la souveraineté a jadis été rendue par Napoléon, par amour pour la princesse Marie Walewska. Grandeur et faste d’un Empire qui a fait rayonner la puissance de la France dans l’Europe entière de l’époque.

Jubilé Impérial - Bivouac

Des italiens, qui n’ont pas hésité à entonner « Le 31 du mois d’août » en français, au bivouac impérial

Les pièces d’artillerie tonnent. Les hussards et les dragons fondent dans le bois. L’infanterie charge à la baïonnette, avec un rugissement de rage. La ville fourmille des activités du 1er Empire : l’arracheur de dents invite le passant à s’essayer à l’atelier des sans-dents – triste clin d’oeil à tout ce que la France a de plus malheureux en ce moment, et qui aurait sans doute tué Napoléon, bien plus que d’imaginer un anglais se faire passer pour un maréchal d’Empire -, le théâtre de rue bat son plein, les maîtres de danse inculquent des notions des danses que l’on pratiquait à cette époque. Le sellier montre ses dernières pièces, magnifiques selles amazones robustes et pourtant d’apparence délicate. Les bénévoles en costume se pressent, tantôt en vivandière, tantôt en soldat de la garde : demandez le programme. Et quel beau programme. Couronné par un feu d’artifice qui voit s’afficher sur la façade du château de Bois-Préau l’initiale impériale en lettres de sang. Un N majestueux dont le reflet me hante encore.

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Des amateurs à cheval, superbes costumes. Dromadaires insolites au détour du jardin Zen de l’Impératrice. Shako, bicorne à plumes blanches. Sabre à briquet. Reflets de cuivre sur les casques des dragons. Des passionnés qui impressionnent plus qu’un collectionneur de timbre. Et la pièce maîtresse. L’exemplaire du contrat de mariage de Joséphine de Beauharnais et Napoléon Bonaparte – Buonaparte, comme il l’a signé -, appartenant à celle dont la lignée a tenu la France pendant des décennies – rappelons que Napoléon III est le petit-fils et neveu de Joséphine, par alliance. Une pièce estimée à un prix de départ de 80 000€,  et qui s’est finalement envolé à 437 500 €. Une bagatelle, peut-on s’amuser. Non, mais c’est le prix de l’histoire. Le prix de la passion. Le prix du respect a minima, pour ce couple dont la modernité jusque dans le contrat de mariage peut étonner. Un couple ardent, qui n’a de cesse d’étonner et dont on aura tout entendu, jusqu’à aujourd’hui. On célébrait d’ailleurs le bicentenaire de la mort de Joséphine, qui repose en l’église Saint-Pierre Saint-Paul, aux côtés de la Reine Hortense. Entre parenthèses, c’est le Musée des Lettres et manuscrits de Paris qui a acheté le document, et j’en suis assez soulagée.20140920_165230

Les anecdotes fusent, sur les soldats, sur l’artillerie, sur le contrat. Menées de main de maître par des spécialistes qu’il n’est pas désagréable d’écouter, je me laisse cependant distraire. Appelée par l’Histoire dans ce document précieux. Se dire que le regard de Napoléon s’est porté sur ce contrat l’élève à un rang de relique. Touchée en pleine poitrine par une époque qui m’est si précieuse et si chère. Chacun de ces soldats avait une raison pour nourrir une telle passion. Mais si je n’étais pas en uniforme, mon coeur était bien à l’Empire. J’aurais été un hussard à la belle pelisse, sur un cheval léger, rabattant l’ennemi sur les flancs des champs de bataille pour les mettre en déroute. Evocation qui m’inspire une tristesse nostalgique et une fierté dont je ne saurais me défaire. Et dont je ne voudrais me défaire. Parce qu’une partie de mon âme appartient à l’ombre au bicorne qui ne m’a jamais abandonnée et dont je sens parfois la présence, près de Saint-Pierre Saint-Paul. Ce n’est pas une question politique ni même historique. C’est une histoire de sentiments. L’une des plus belles que j’ai pu vivre.

J’emprunterai en guise de conclusion, les paroles du chant de promotion du général Lasalle (un brillant hussard qui trouva la mort à Wagram et à qui on doit l’expression militaire « un hussard qui n’est pas mort à 30 ans n’est qu’un jean-foutre ») – ESM Saint-Cyr Coëtquidan 1979-1981 – :

« Si demain nous marchions vers de nouveaux combats

Si demain à nouveau retentissait la foudre

Prête-nous ce pouvoir de sourire à la poudre

Le courage de ceux qui ne s’inclinent pas »

Et quand je m’avance pour rentrer chez moi, à la sortie du parc de l’Amitié, encore embaumée des odeurs délicates du jardin de l’Impératrice, j’hésite. L’odeur des pots d’échappement, le vrombissement des voitures, déjà. Je ne sais pas si j’ai réellement envie de retourner à la réalité.

—-

« Mon cœur est à toi, mon sang à l’Empereur, ma vie à l’honneur »

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Une réflexion sur “« Entendez-vous, soldats, le galop des hussards… »

  1. Veillons au salut de l’Empire
    Veillons au maintien de nos lois
    Si le despotisme conspire
    Conspirons la perte des rois.
    Liberté, que tout mortel te rende hommage
    Tyrans, tremblez, vous allez expier vos forfaits !
    Plutôt la mort que l’esclavage:
    C’est la devise des Français.

    Car rien ne pourra jamais effacer la gloire de l’Empire.

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