Je(ux), tu, Her

Qu’on se le dise, toutes les femmes n’aiment pas les Comédies Romantiques. Tu n’en es pas, et tu n’es pas seule. Alors pour motiver un groupe de trois nanas – toi y compris – pour aller voir la dernière comédie romantique de Spike Jonze, Her, il faut se lever de bonne heure.

Alors tu sors ton plus beau sourire bright et tu lances ta campagne de séduction avec des bullets points :

  • Mais alleeeeez y a Scarlett Johansson dedans !
  • Et puis c’est marrant, ça fonctionne sur le système de la domotique
  • La bande-annonce a l’air drôle
  • Joaquin Phoenix ressemble à Michael Fassbender sur l’affiche (ça c’est pour toi)
  • Et puis de toute façon, on pourra pas voir autre chose vu l’heure

Ce à quoi on te répond :

  • C’est que la VOIX de Scarlett Johansson
  • On a déjà fait notre partiel d’ergo, darling
  • La dernière fois que tu as dit ça, on s’est farci un film français tout pourri
  • Non.
  • … Bon okay.

WAR IS ON. Mais tu as remporté ta victoire. Ce qui ne signifie pas que tu as gagné la guerre, et tu sais que tu vas stresser tout le film en lançant des ondes de sondage inquiètes sur tes deux comparses, pour savoir si on va continuer à suivre tes suggestions cinématographiques pendant les sorties improvisées.

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Et là, gros drame. Parce que si le pitch est sympathique – dans un futur indéterminé, Theodore, en instance de divorce avec la femme de sa life, décide de tromper sa solitude en achetant un OS programmé pour être bien plus que Siri : il s’adapte, a de la conversation, et se présente comme un autre être humain, sans le corps. Il finit par tomber amoureux d’une voix, d’une personnalité artificielle, connait d’abord la frustration de l’absence du corps, puis tout ce qui fait la richesse et la déchirure d’une « réelle relation » -, tu es presque dans le film. Presque, parce que tu as beau être dedans, rire, ressentir un petit pincement au coeur, t’émerveiller de la vision du futur by Spike Jonze, il manque un truc. Le film est trop lent, trop long, te sort des banalités que toutes les autres comédies romantiques ont déjà traité en long, en large et en travers, de la meilleure à la plus pourrie. Il est intelligent, de par sa réflexion et sa vision esthétique – oh que oui, la photographie est belle – mais on se sent à mi-chemin entre un film d’anticipation et l’emmerde contemplative d’un film qui se veut intellectuel – le dernier monologue de Samantha, l’OS à la voix de velours, relève plus de la branlette intellectuelle stérile que d’un discours vraiment bouleversant.

Her est un film touchant. Longuet, mais touchant. Avec un rythme un peu curieux, précipité au début avec une période de vide terrible. Les sujets sont là – et pour toi qui voulais faire de la recherche sur les IA, la revisite du mythe de Prométhée, l’accession à la conscience, tu avais l’impression que tu allais être gâtée -, mais finalement pas assez précisément exploité : la problématique du corps, centrale, et du sexe, gênante, est au final noyée dans toutes les autres questions, et comme la plupart du temps, plus il y a de questions effleurées et moins il y a de réponses. C’est dommage. Mais il est largement rattrapé par la photographie, la musique (oouh que tu chantes sensuellement, petite Scarlett), les situations hilarantes. Et on doit reconnaître le tour de force des acteurs, qui portent le film – on voit donc à 80% le visage de Joaquin Phoenix qui a bien grandi depuis Gladiator, et on ne s’emmerde pas trop souvent quand il est en dialogue avec Scarlett Johansson – alors qu’il n’y a pratiquement rien pour retenir l’attention du spectateur. Tout se passe sur un autre plan, ce qui est évidemment l’argument principal du film. Peut-être n’avais-je pas assez d’affect, peut-être que j’aurais voulu secouer Joaquin Phoenix un bon coup pour que le rythme repart, peut-être n’ai-je pas été assez sensible. Peut-être qu’il faudrait que je le revoie pour clarifier mes idées.

Comme pour la Naissance des Pieuvres, c’est un film dont l’esthétique m’a ravie sans que je n’en ressorte pleinement satisfaite. Mais à voir. Rien que pour le petit personnage enfermé dans son jeu vidéo, drôlatique. Rien que pour entendre Scarlett Johansson susurrer des mots doux. Et rien que pour voir Phoenix paniquer en faisant un sexphone foireux à base de chats morts.

 

 

 

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Une réflexion sur “Je(ux), tu, Her

  1. Pingback: Her, le film – Them, les objets connectés | Sophie Lombard

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