Happy Valentine’s day too, Ellen Page

Il y a des jours comme ça, tu te lèves, tu prends ton smartphone, tu checkes ta timeline twitter. Au menu du jour, Sotchi, le weekend, la bêta de Titanfall, le coming-out d’Ellen Page, le webmarketing et le… WAIT. WHAT ?

Dafuq did I just see ? Retour sur la vidéo de l’intervention d’Ellen Page pour l’inauguration de l’Human Rights Campaign 2014. 8 minutes. Il aurait fallu huit minutes à Ellen Page pour faire un discours poignant de soutien aux LGBTI, et en profiter pour faire son coming-out. Mince. Je n’en reviens pas. Parce que c’est un besoin, si ce n’est une urgence (BOOM T’AS VU MON EPANORTHOSE) sociale. Au-delà des raisons – qui relèvent parfois de la survie, on ne va pas se le cacher – de rester dans le placard, au-delà de la sauvegarde de sa carrière – même si dans le milieu artistique, la tolérance est assez énorme, en tout cas plus que dans le milieu politique -, c’est évidemment une question d’acceptation. Et à l’époque où des gens traînent leurs enfants qui sont bien loin de l’âge de raison – car non, si ton enfant ne sait pas encore marcher, il ne saura pas non plus à quel degré l’homosexualité le touchera plus tard – et où des organisations que je conspue de tout mon petit coeur de déviante appellent au boycott d’un film aussi beau et juste que Tomboy – et non, ce n’est pas seulement parce que moi aussi je suis passée par cette phase de garçon manqué dont j’ai encore quelques restes sur les épaules -, je pense que c’est important. Important en tant qu’individu, important en tant que personne médiatisée. Combien s’identifient à Ellen Page, que ce soit dans X-Men ou Beyond Two Souls? – bon okay, les gens qui s’identifiaient à Juno doivent avoir un peu de mal aherm -.

Personnellement outée à 15 ans, j’ai fait de ce trait, de cette caractéristique, ou whatever I shall call this, mon cheval de bataille, mon étendard arc-en-ciel, ma casaque éclatante. Où que j’aille, le coming-out, étape incontournable ET perpétuelle lorsque l’on peut s’assumer – cela ne dépend pas de ton niveau d’arrogance, d’assurance, ou de fierté, mais aussi d’un environnement global, parce que, sans tomber sur la comparaison hors de propos d’un CO en Ouganda et en France, il suffit de comparer ton CO avec celui de ton voisin. Et ma foi, ce n’est pas forcément évident pour tout le monde – fait partie de mes différents rituels. Lycée, fac, école, lieu de travail, et que le premier que ça dérange aille se faire foutre. Sur les réseaux sociaux, que ce soit Facebook et Twitter, un peu moins LinkedIn et Viadeo, même si on peut s’en douter d’après le contenu de mes posts, c’est parfaitement assumé. Et si un recruteur met un nez là-dedans et trouve cela fort peu à son goût, je rappelle que ça s’appelle de l’homophobie et que c’est punit par la loi. Et d’ailleurs, je m’en fous complètement. Je ne suis pas recrutée, tant pis, je n’ai pas ma place dans une boîte homophobe. Et personne d’ailleurs. Mais vous me direz : « mais enfin, Hadès, tu évolues dans un milieu créatif, c’est quand même plus accepté que le milieu politique ». Et oui, petit lecteur, tu as raison. D’ailleurs, dans mon milieu, si tu n’es pas gay, tu es passible de suspicions. Ou pas. Peut-être un peu. Ou moins dans l’IT et le planning strat. Je ne sais pas.

Mais tout le monde n’est pas dans le milieu artistique. Je pense à tous ces profs, qui vivent dans le placard. Aux politiciens qui pourraient faire bouger les choses mais qui restent dans leurs placards. A ceux qui vivent dans un environnement hostile, au sein d’une famille peu encline à accepter ce genre de choses – et qui ont (ou pas) une image publique à défendre, si vous voyez de qui je veux parler -. C’est pour ça que je salue le discours d’Ellen Page. Petit bijou de la rhétorique en soi – en ce sens, je t’invite, petit lecteur, à lire le papier de Béatrice Toulon chez le Nouvel Obs -, c’est aussi un encouragement. Du haut de ses vingt-six ans, et de sa carrière fulgurante et brillante – on ne va pas se le cacher -, Ellen Page est rentrée dans le panthéon de ceux qui ne font pas ça par provocation, mais qui se battent, avec ceux qui en ont besoin. Désespérément besoin. Parce qu’au fond du placard, on est seul. Seul face à soi-même, avec ses doutes. Le rejet, la honte, l’impression d’insulter les normes, la souffrance de ne pas parvenir à matcher tes désirs avec ces normes. Mais c’est la solitude qui blesse. Et si au fin fond d’un de ces territoires hostiles, ces mots ont touché le coeur d’un môme qui ne parvient pas à accepter son homosexualité, c’est que la croisade en vaut le coup.

Je finirais donc en citant Harvey Milk, un de mes dieux personnels.

If a bullet should enter my brain, let that bullet destroy every closet door.

– Harvey Milk

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3 réflexions sur “Happy Valentine’s day too, Ellen Page

  1. Bonjour, j’arrive ici en découvrant ton message de départ sur MES (Killian Kiliniel là bas).
    Et en lisant ton message je sent bien toute la douleur qu’il y a derrière tout ça.
    Je l’ai vécu, non parce que je suis gay, mais parce que j’ai découvert que mon fils ainé l’était. Au début c’est un monde qui s’écroule et puis tu aimes ton fils, tu cherches à comprendre, tu penses que tu a merdé dans son éducation. Et puis tu discutes, tu te rends compte à quel point il a été malheureux dans son enfance, et a quel point il avait peur de te le dire, parce qu’il ne voulait pas te décevoir.
    Avec le temps, avec de l’amour (filial, paternel) on se comprends, on avance, on se rend compte qu’on a perdu du temps à cause de convention sociale. Mais il n’est jamais trop tard.
    Courage, et bonne chance pour tes futurs projets.

    • Hello Krighaur, et merci pour ce joli témoignage. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui ne m’ont jamais tenu rigueur – ou bien peu – d’être lesbienne. Je l’ai découvert vers mes 14 ans, et ça a été une évidence pour moi. Les choix que j’avais fait dans mon comportement s’expliquaient à cette lumière. J’ai eu aussi la chance d’être toujours bien accueillie en dépit de mon orientation, que ce soit dans le milieu scolaire ou professionnel. Et je sais aussi que c’est une réelle chance. Rien n’est acquis, même si on a pu voir quelques améliorations ces derniers temps : ce n’est pas tant la loi qu’il faut changer mais les mentalités.

      Toute mon affection à toi et ton fils, et encore merci.

      • Merci de ton affection.
        Pour mon fils, je regrette de n’avoir pas compris plus tôt, et de ne pas avoir rempli mon rôle d’assistance complètement. J’ai vécu dans un milieu ou c’était normal de dénigrer. Le mot qui revenait c’est “attends je peux faire, je ne suis pas un pd.”
        Pour te situer ou j’en étais, quand j’ai appris j’ai dit à ma femme “j’aurai préféré prendre un coup de pied dans la figure”.
        Pourtant je pensais être quelqu’un de plutôt compréhensif. Comme quoi, tant que tu n’es pas confronté à un problème c’est facile de théoriser dessus.
        Mais je suis content, on a réussi à surmonter ça avec mon gars. Mon ainé, le plus fort, un beau gars, un brave gars surtout.
        Tout cela pour dire qu’on peux blesser les autres sans s’en rendre compte, juste parce que tout le monde fait comme ça. C’est à la base qu’il faudrait reprendre l’éducation : la pire homophobie, ce n’est pas celle, primaire qui est dans les paroles que je cite au début, elle est beaucoup plus insidieuse que cela et se cache parfois derrière un semblant de sympathie.
        Voilà c’était juste le témoignage d’un homme qui se croit ‘normal’ et qui découvre … la preuve que c’est surtout l’ignorance et les clichés qui entretiennent la différence.

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