Le Hangover : Part 1

Hier, telle une adolescente qui découvre la vie, avec ses grands yeux ébahis, je me suis mise une mine. En bonne compagnie – la mine solo, tristesse et vacuité de l’existence, vous avez quatre heures -. Mais une mine quand même. Un mardi soir. Déchéance. On ne peut pas tout le temps écrire des trucs intéressants.

Le réveil a un goût pâteux. 6h30. Allez, encore… Encore 30 minutes. Beyrouth. En temps de pluie. C’est l’état de mon appart. Rentrée comme une voleuse, batterie du portable à 9%, avec quelques textos honteux dispatchés aux gens de confiance. Je suis bourrée, mais j’assure encore. Batterie physique à plat. – 20%, peut-être. J’en sais rien. De l’eau. A en tarir la source. Pas de bus. 20 minutes pour rentrer de la gare. Rues désertes. Et dernière cigarette. Une vague douleur dans le poignet. Dans l’épaule. Fantôme qui me poursuit. J’aurais préféré dire que c’est une vieille blessure, la rencontre d’un poing contre le mur, une rage qui se déverse. Mais non. Stress, tendinite. Aussi con que ça. Charisme d’une huître. Morte, l’huître. 

Douche. Chaude. Carrelage froid contre le front. Toujours pas de black out. Plutôt bon signe. On aurait dû rentrer tôt. Je m’en veux. Minuit. Errances automatisées de Saint-Lazare à Haussmann. Couloirs vides. Doc qui claquent sur le parquet de la gare. J’ai jamais été foutue de retrouver Auber. Alors là, il va falloir faire un effort. Un tout petit. Dehors, Haussmann, Auber; Pourtant c’est la gare que j’emprunte pour rentrer en Normandie. Je dois être con. 404 not found.

Pourquoi tu bois ? Le béton du quai de la gare. Fascinant. Non, je ne bois pas pour oublier. Qu’est-ce qu’il y a à oublier dans ma petite vie confortable embourgeoisée? Parfois, je me hais. Assise sur les marches du train vers Argenteuil, le regard dans le vide, je l’écoute. Souvent, je me hais. Parce que j’aimerais trouver les mots. Être un peu différente de toutes les autres. Juste un peu. Mais non. Je hoche la tête, j’opine du chef, et je dis que je comprends, quand bien d’autres choses se bousculent dans ma tête. Des mots peut-être un peu plus justes. A 3 grammes, j’en doute. A 3 grammes, tu as du courage, tu as de l’audace, tout ce que tu n’as pas quand tu es sobre. Sauf que ton courage se traduit n’importe comment. Dans des promesses que personne ne croit. Alors, on rit poliment, et on s’éloigne.

Auber, Charles de Gaulle – Etoile, La Défense, Nanterre Pref, Nanterre U, Nanterre Ville. Tu pries. Parce que ça fait deux semaines que la ligne déconne sévèrement. Et que tu n’as pas envie de te retrouver à la Défense en terminus, quand il n’y a plus de bus, un noctilien qui passe une fois par heure, et pas forcément dans la bonne direction. Qu’à chaque fois que ça t’arrive, tu as juste envie de t’asseoir dans un coin et de chialer. Parce que c’est tout ce qui te reste quand t’es bourré.

Rueil-Malmaison. Le froid. Dans les oreilles, un hymne festif en allemand. Oui, ça existe. Chatoiement de couleurs, Eurovision 1979. Mais pour moi, ce sont les souvenirs de l’hypokhâgne. Les khôlles, la clope de 4h du matin, sous l’abribus de Millet. Elle a toujours un goût bizarre cette clope. Tes poumons qui n’en peuvent plus. Putain Hadès, t’abuse. Mais elle a toujours cette saveur victorieuse.

Je rentre, je me jette sur le pieu en grognant. Putain de SWOT. Putains de reco. Jaune sur blanc. Les points qui importent. Le .ppt. Demain matin. Je m’y mettrais. Pas de jour Dafalglande. Je me réveille et j’ai la bouche pâteuse. Mais je me souviens encore des promesses. Et c’est tout ce qui compte.

Anatomie de la déchéance

 

 

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