Galop d’Essai : [Sans titre] Prologue

Ca fait deux jours que je n’ai rien publié, fouettez-moi, mais le temps est de moins en moins coopératif – et l’inspiration aussi, parfois. Aussi vais-je inaugurer la section écriture du blog, pour ne pas que ce long weekend résonne du vide blogal. Il ne s’agit que d’un prologue. N’hésitez pas à laisser vos impressions sur le blog ou sur twitter (@Hades_MES) Bonne lecture et bon weekend.

J’étais restée interdite, la clenche de la porte pesant lourd dans ma main. Je l’avais regardée un long moment, sans rien dire. Etais-je en train de rêver ? Elle se tenait là, sur le seuil de ma porte, baignée de la lumière nue du palier, l’entourant d’une aura blanchâtre qui la faisait ressembler à une apparition. Mais à cet instant précis, je savais qu’elle n’avait rien d’un ange.

J’aurais dû m’en douter, au final. Qui d’autre qu’elle pouvait venir sonner chez moi à 3h du matin ? Après huit mois de silence, sa venue n’était pas tant une surprise qu’un désagrément.

Mon premier réflexe fut simple, une fois tirée de ma nasse hébétée. Je refermai la porte sur elle et poussai le verrou. J’allais pour m’y adosser et me laisser glisser contre, tout en fondant en larmes, comme dans les comédies romantiques. Mais mon élan fut brutalement coupé.

–          Je… J’ai besoin de vous.

Les accents plaintifs dans la voix de Lisbeth m’effrayèrent. La porte se rouvrit. C’est là où je remarquai les traces de sang sur sa chemise. La surprise fit place à la colère.

–          Bordel de merde, Lisbeth. Qu’est-ce que tu as foutu ? Si tu crois que me faire un drama pour récupérer Ethan est approprié, tu peux aller te faire foutre.

Elle regarda ses mains. Complétement paumée. Elle avait peut-être consommé des substances illicites. Qu’est-ce qu’elle avait foutu ? D’où venait ce sang ? Etait-il vrai ? Etait-ce le sien ? Alors que j’entrouvrais mes lèvres pour le menacer d’appeler les flics, elle planta son regard vertigineux de perdition sur moi. Je compris alors que le « vous » n’était pas moi + Ethan, mais bien une marque de politesse.

–          Merde Lisbeth. Qu’est-ce qui s’est passé ?

Je l’invitai d’un geste à rentrer. Elle ne bougea pas. Je la poussai. J’avais l’impression de porter une poupée de chiffon tant elle ne réagissait pas. Une vague d’anxiété me saisit. Je refermai la porte à la hâte et la verrouillai. Je vérifiai à travers l’œilleton que ni la police ni personne ne l’avait suivie. Le couloir était vide.

–          Tu me dois des explications.

Je me retournai pour la regarder, en tâchant de me donner une contenance. En réalité, j’étais inquiète, voire terrifiée. Et ce que je vis ne me rassura pas.

Lisbeth se tenait au milieu du salon, les bras ballants, la bouche entrouverte, comme hébétée. Alors qu’elle avait fait partie de cet appartement de longues années avant de disparaître. Et elle ne bougeait pas, comme saisie. Elle regardait ses mains et murmurait pour elle-même :

–          Lisbeth. Ethan. Claire. Ethan. Lisbeth. Claire.

Elle répéta plusieurs fois, comme pour donner corps à ces mots. Les rendre réaliste. J’avais carrément peur. Je m’approchai et tendis la main pour la poser sur son épaule, comme pour lui rappeler que la réalité était là, à quelques centimètres d’elle, une réalité  brisée, acerbe et rancunière, une réalité perdue dans un océan d’incompréhension et de colère. Je suspendis mon geste. Non, cela aurait été injuste. Cela allait bien au-delà de nos querelles de couple. Elle pouvait très bien n’avoir donné aucune nouvelle pendant huit mois, mais elle ne pouvait pas m’avoir oubliée, ni avoir oublié Ethan. Son ex-femme et son fils.

Je restais ainsi, une main tendue vers elle, à quelques millimètres de cette peau que j’avais tant aimée, dont je connaissais le goût et l’odeur par cœur, cette peau qui avait été tout pour moi et qui était devenue ce monolithe de froideur et de silence.

–          Claire.

Le ton avait changé. C’était une affirmation forte, comme si la lumière s’était finalement allumée. Elle se retourna vers moi et je vis que l’étincelle était revenue au fond de ses prunelles. Fragile et vacillante. Mais porteur de vie. Elle avait peut-être eu une absence. Tombée sur la tête ou que sais-je. Mais au moins était-elle de retour. Pas une coquille vide. Celle d’un corps familier dont l’esprit se serait envolé.

–          Oui. Je suis Claire. Tu ne me reconnais pas ?

Quelque chose sonnait faux dans ma voix. Comme si, cow-boy civilisé, je m’adressais à un indigène que je jugeais demeuré, ou un animal. Moi Claire. Toi Lisbeth. Je m’écoeurai. Lisbeth plissa légèrement les sourcils, ce qui me rassura : cette légère ride du lion signifiait qu’elle réfléchissait intensément. Mais elle disparut. Quelque chose ne matchait pas.

–          Je… Je ne sais pas.

L’impuissance me saisit brutalement à la gorge. J’éclatais en sanglots.

 

Flash. Hurlements. Course. Respiration saccadée. La mienne ? Cœur au bord des lèvres. Dysfonctionnement.

 

Qui suis-je ?…

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